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COINCIDENCES
Pour transposer en musique l’univers littéraire
de Paul Auster —l’un de mes écrivains contemporains
favoris— j’ai laissé librement parler et se créer
les “coïncidences”. J’ai décliné la plupart des titres
interprétés ici sous forme de “balades”,
allant de la marche à l’errance en passant par la
promenade et la fuite. Le résultat est une
“musique de livres” comme il existe une
“musique de films”; la transformation en sons
de quelque chose qui vient de la trace des mots...
des empreintes sur les mondes intérieurs.
La machine à écrire –une vieille Olympia mécanique avec
laquelle Paul Auster rédige tous ses livres– fait entendre,
avec ses résonances et ses rythmes, la première musique qui
accompagne la pensée de l’écrivain. La contrebasse symbolise
ici un élément diffus, la fumée d’un cigarillo dans le film
Smoke. Le piano entre en scène, et la musique, comme une
plongée dans l’inconscient, évoque un livre fondateur
de Paul Auster : L’Invention de la Solitude. La disparition
des mots, de la pensée, des gens, constitue le fil conducteur
de “Portée Disparue” inspiré du Voyage d’Anna Blume.
“Annotations”, un moment de recul, représente une projection
de l’avenir regardant le passé, à la manière des commentaires
en italiques de La nuit de l’oracle. Après l’atmosphère
lourde et angoissante de “Sachs March”, “Lévitation”
dissipe cette pesanteur. “En aparté” est une rêverie, les yeux
fixés sur les lettres au néon rose et bleue de l’enseigne
du Moon Palace. “Ghosts of the Stereoscope” exhume les
effluves sonores du souvenir de “Classiques Favoris”
travaillés dans mon enfance. Dans La nuit de l’oracle, avec
un stéréoscope, Richard visionne en relief les fantômes de
son passé. La petite suite en trois titres, allusion à la Trilogie
new-yorkaise, évoque des mouvements de fuites, de courses,
de rixes; des thèmes récurrents dans l’œuvre de Paul Auster.
La “Chute” transpose l’accélération incontrôlée de la Saab
de Nashe vers l’inexorable et terrifiant point de rencontre:
“L’étoile cyclopéenne” dans La musique du hasard.
“Entre les lignes” disparaît peu à peu en un éclatement
de fragments dans l’espace, vers un univers minéral épuré.
“La valse aux illusions” aurait pu être la musique de l’un des
films secrets d’Hector Mann, l’énigmatique cinéaste du Livre
des illusions. Avec Fragments du froid, j’ai littéralement imaginé
et ressenti mon piano comme un bloc de glace fondant
lentement dans le studio. En lisant le scénario de Lulu on the
Bridge, j’ai pensé à “Pandore” que j’ai composé pour le film
Loulou de Georg Wilhem Pabst. En écho aux films Smoke
et Blue in the Face, “My Brooklyn Boogie” est improvisé sur
l’ambiance sonore du quartier de Brooklyn, enregistrée par
Gérard de Haro sur une simple cassette il y a une dizaine
d’années. Le repli dans la solitude, après cette promenade
dans la foule, inscrit le voyage-retour dans la traversée
imaginaire entre les mots et les sons. Stéphan Oliva
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